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Les assassins sont dans l'arène

Désormais, la corrida ne sera plus inscrite au patrimoine culturel de la France.

Bravo au Parlement catalan qui est allé plus loin encore, interdisant purement et simplement ce " sport ".

Mais revenons à cette chose infâme dont les aficionados masquent la barbarie derrière l'étendard de la tradition, de la culture et de l'art, et déplorons que des artistes aient reconnu leur fascination pour ce jeu des plus cruels et des plus indignes. Aux premières loges, les peintres Goya et Picasso, mais aussi des poètes, comme Federico Garcia Lorca ou Georges Bataille, des écrivains, comme Hemingway, Montherlant ou Cocteau, qui voyait là une fête à haute valeur symbolique. Des mots pour couvrir la torture, on se croirait au joli temps du nazisme ... Mort dans l'après-midi nous montre la corrida comme un rituel, un exutoire, un exorcisme de la violence et de la mort, et l'on regrette qu'Hemingway se soit prêté à cela. On préférera les Arènes sanglantes de Vicente Blasco Ibanez, qui est au fond un excellent plaidoyer contre la brutalité de cette pratique. Que Depardieu soit friand de corrida, qu'on y voit des politiques de tout poil, que l'écologiste ( sic ) Noël Mamère n'ait aucune répugnance pour la corrida, passe encore : on n'attend rien de leur insignifiance. Mais que des artistes, des vrais, considèrent qu'un matador bombant le torse et agitant son chiffon rouge soit lui aussi un artiste, voilà qui est beaucoup plus troublant. Car il n'est jamais qu'un bourreau, à qui l'on offre l'impunité. Fort heureusement, à côté de ceux-là, il y a ceux qui s'indignent, parmi lesquels Victor Hugo, le même qui tonna contre les enfants jetés dans la mine à cinq ans, Emile Zola, vous savez, celui qui dit J'accuse ...! à la Une de l'Aurore pour défendre l'officier juif Albert Dreyfus, Claude Simon enfin, qui s'insurgea.

Comment en est-on arrivés là ?

Sans remonter aux origines de la corrida, souvenons-nous qu'elle fut introduite en France au milieu du XIXème siècle par l'impératrice Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon III, en violation de la loi Grammont qui réprimait les sévices envers les animaux. Jusqu'en 1951, elle était illégale en France, et donc sanctionnée, qui plus est vomie par la grande majorité des Français qui la voyaient telle qu'elle était, une exaltation de la torture qu'elle prétendait élever au rang d'oeuvre d'art. Le général Franco la consacra comme fête nationale, c'est dire dans quelles eaux troubles elle patauge.

Pour éviter d'avoir à en découdre, les pro-corrida disent que le débat n'est point moral ou éthique, mais culturel et identitaire. Rien de plus faux. Pour des enjeux économiques et touristiques, on flatte les plus bas instincts des hommes, torturant à mort en toute impunité des êtres innocents, offrant le voluptueux spectacle du meurtre à des spectateurs sadiques qui vivent par procuration les sensations fortes de cette outrance sanguinaire. Tel est l'héroïsme des temps modernes, cette satisfaction vile, cette explosion d'adrénaline à peu de frais.

A peu de frais ? Tout dépend du point de vue duquel on se place, bien entendu ! Car du point de vue de l'animal, le spectacle coûte cher ! Harpons plantés dans le dos, dont les manches se balancent continuellement, tournant et retournant le fer dans les plaies, trous qui peuvent atteindre vingt à trente centimètres dans la colonne vertébrale où se plantent les lances des picadors ... On n'en finirait pas de dire la souffrance des bêtes d'arène. Justement, revenons à cela. Le taureau N'EST PAS une bête sauvage, mais un animal domestique, qui dans son pâturage n'attaque pas l'homme mais le fuit. Certains arrivent dans l'arène à trois ans, totalement inexpérimentés pour cet affrontement unique et violent avec une mort certaine, éblouis, blessés, affolés. Combat égal dit le choeur des assassins prêts au spectacle ? La sauvagerie de la bête contre l'intelligence de l'homme ? Foutaises ! Le taureau est seul contre un matador qui interviendra pour la solution finale, mais avant lui, les tortionnaires sont à l'oeuvre : trois banderillos, deux picadors. Ils sont six contre un dans ce combat " égal ", le taureau nu, les autres armés jusqu'aux dents. Et encore, nu, c'est vite dit. On a scié l'extrémité des cornes et quelquefois évidé l'intérieur pour que l'animal, qui s'est déjà blessé contre un pieu dans son enclos, retienne ses coups afin de ne pas avoir mal. On l'a drogué, comme l'a démontré ce Collège de vétérinaires espagnols en 1991, dans Entre campos y ruedos, on l'a suralimenté, si bien que sa puissance n'est qu'une illusion, il arrive malade aussi , privé de ses atouts défensifs ... La liste serait longue des fraudes et dissimulations du milieu taurin. Oui le taureau souffre, et ce qu'il souffre relève du martyre, sous les vivats de la foule. Par exemple à Béziers le 18 octobre 1998, un torillon de trois ans a reçu comme coup de grâce pas moins de 30 coups de poignard à la nuque. Généralement, le taureau expire en une trentaine de minutes, trente minutes de torture, d'efforts violents, de terreur et de stress.

Telle est la réalité de ce jeu, de ce sport, pour lequel il ne faut avoir aucune tolérance, car il viole la démocratie, puisqu'une majorité de gens l'exècrent et n'en veulent plus, et déshonore l'humanité. Aucun esthétisme dans cet acte barbare, aucune grandeur tragique, rien que la médiocrité des gens ordinaires qui ne sont jamais rassasiés de l'infinie misère des innocents.

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