• encremalouine

Des virus et des hommes, 4

Je suis confinée et j'en suis fière !

Chaque jour, les médecins le répètent : rester confinés, le temps qu'il faudra, sauve des vies. Plus nous serons disciplinés, plus vite nous sortirons de cette situation éprouvante. Le discours est unanime.


Mais voilà ... Même si la majorité d'entre nous respectent ces directives, trop de gens encore en prennent à leur aise. Avec la sécurité ... des autres ! La délation, que pratiquent certains, est une chose infâme, rien ne saurait la légitimer, elle naît malheureusement de ces infractions à la loi.


A Saint-Servan, vendredi dernier, c'était la fête au village : avais-je manqué une info capitale, la fin du déconfinement ? Non. Chacun faisait ce qu'il avait à faire, son marché, ses courses, sa promenade, celle de son chien ... bref, chacun avait une bonne raison d'être dehors sans contrevenir à la loi. Et c'est bien là le problème.


En effet, on peut remplir plusieurs fois par jour son attestation de sortie, et passer la journée dehors.


La question qu'on pourrait se poser en se regardant vivre : que change le confinement à ma vie ? Pour certains, pas grand-chose.


Notre société, individualiste à l'extrême, fondée sur la satisfaction immédiate de nos désirs, nous rend imperméables au bon sens, à l'obéissance civique, à la solidarité. La contrainte, c'est pour les autres. Nous sommes, pour certains d'entre nous, des confinés de luxe, avec espace, jardin, tout le confort contemporain, toutes les dernières technologies ... et pourtant, c'est le seul bien qu'on nous demande de différer que nous voulons, la liberté. Un grand patron de médecine disait hier que le confinement ne nous privait pas de liberté, mais qu'il préservait notre liberté future, celle du jour d'après, quand il faudrait faire les comptes et revoir notre logiciel intime. Manquons-nous à ce point de vie intérieure qu'il nous faille en permanence céder à nos désirs d'extériorité ? Et le monde peut-il changer si chacun n'en fait qu'à sa tête et refuse le retour sur soi ? Si le personnel des Urgences, qui défilait dans les rues il y a à peine deux mois, l'entendait ainsi, il n'y aurait personne maintenant pour sauver nos vies. Mais voilà, contre mauvaise fortune, ils ont fait bon coeur, et ne se sont posé aucune question pour revenir à la tâche. On avait besoin d'eux, ils seraient là.


Des gens qui ne faisaient pas de sport, en font maintenant tous les jours ! D'autres ne sortaient que rarement, ils s'aperçoivent aujourd'hui qu'être sédentaires, devant son ordinateur ou devant la télé, ne leur convient plus. Il faut qu'ils sortent, sinon ... sinon rien que le refus de se plier à des règles, collectives et nécessaires.


Comme en tout, il y a les récidivistes de génie qui se vantent de continuer à vivre comme avant et de berner ( ce n'était pas le mot employé ) la police, propos entendus hier sur le parking, à ma fenêtre ouverte. D'autres prennent le soleil en groupe, ou se disent qu'un petit barbecue avec les voisins ne saurait faire de mal.


A côté de cela, il y a ceux qui pédalent au fil des rues, masqués jusqu'aux yeux. Ou qui s'écartent de votre chemin comme si vous étiez un pestiféré de Jaffa. Sans compter ceux qui marquent au fer rouge, c'est une métaphore, les voitures immatriculées ailleurs, quand ce sont peut-être des Malouins qui n'ont pas changé de plaque d'immatriculation. A quand le retour de l'étoile jaune ?


Tous ces débordement pourraient être évités si l'on s'en tenait à la loi, unique pour tous. S'il est compréhensible que confinés à quatre dans 20 m2 en Ile de France, on souffre vraiment, s'il est compréhensible que pour échapper à la violence conjugale , une femme se retrouve dehors pour protéger ses enfants, je ne suis pas certaine que ce soit ces gens-là, ceux qui souffrent le plus, qu'on retrouve dans les rues. Si la plage, la digue, les remparts, n'étaient pas interdits par des barrières ou des sacs de sable, ces lieux continueraient à être fréquentés, et les transgressions seraient encore plus nombreuses. Et pourtant, le civisme voudrait qu'il suffise de mentionner l'interdiction pour qu'elle soit validée par tous.


Nous vivons une crise sanitaire, certes, mais aussi sociale, car ce sont les plus précaires qui seront encore les dindons de cette farce dramatique. Comment croire qu'à l'heure du déconfinement, on aura pris collectivement conscience que le futur dépend de nous, de nous solidaires, avec des idéaux communs : protéger la planète ( qui va bien en ce moment ), éradiquer pour toujours les inégalités sociales, criantes dans une période de crise comme aujourd'hui, et renoncer à vouloir toujours plus et toujours plus loin.


Rêve de confinée, vraisemblablement ....

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