PLEINS FEUX SUR ...

Le billet d'humeur ...

12 mai 2017

Ce petit billet pour témoigner et vous inciter à vous "lancer dans le vide".

 

Sauter à l'élastique du pont Saint-Hubert ? Que nenni !

Mais

Laisser un commentaire, faire part de vos coups de cœur littéraires tous genres confondus et des rencontres qui vous ont marqués, échanger avec d'autres contributeurs, fera vivre et vibrer le site de l'Encre Malouine ...

 

C’est vrai que nous avons des réticences à écrire ; peur de ne pas "être à la hauteur", de la banalité de notre propos, de la comparaison, du jugement des autres ...

C'est vrai qu'il est toujours facile de dire "j'ai aimé" ou "je n'ai pas aimé", un peu moins aisé d'écrire pourquoi.

Alors dites-vous que quel que soit le style employé  [excepté « Cb1 j’M bcp » ou « :-/ » (*)]  vous avez toujours des pleurs, des rires, des rêves et des découvertes passionnantes à partager avec vos mots.

Je me suis lancée il y a six mois car je connais le regard bienveillant de Charlotte. Maintenant c’est à vous ...

 

(*) « C’est bien, j’aime beaucoup » ou « déçu »

Annick Le Meur

L'Antigone de Jean Anouilh à saint-Malo

5 septembre 2017

A l'origine du projet, Virginie David, 42 ans, passionnée de littérature. Et passionnée par ce texte précisément, l'Antigone d'Anouilh. 

Sans doute il y eut une rencontre avec ce texte, jeune, adolescente, dans le cadre du collège ou du lycée, avec la chance d'aller voir un spectacle vivant sur scène au théâtre des Jacobins à Dinan. Et puis la vie qui suit son cours. Ce texte qui s'éloigne de moi. Eloignement parce qu'on a 20 ans, 25 ans, 30 ans, on trace son sillon, on avance, on construit son chemin de vie. Et puis petit à petit ce texte revient pour moi comme un boomrang. En périodes difficiles, il est là, sur ma table de chevet, et je le relis... Depuis trois ans, dans un contexte professionnel compliqué, marqué par des choix hiérarchiques incompréhensibles et douloureux, la modernité et la force de ce texte m'ont accompagnée comme quelque chose qui calme. Eprouvant le besoin de la voir jouée, cherchant au plus près et finalement dans toute la France, je la trouve jouée à Bordeaux : qu'à cela ne tienne, j'irai la voir jouer à Bordeaux ! J'ai donc fait l'aller-retour, en train, en un week-end, pour voir jouer Antigone, par une troupe locale...

Petit à petit, une petite musique lancinante s'est déclenchée dans mon esprit : tu souhaiterais la voir, cette pièce, la voir plus souvent ? Et tu souhaiterais qu'elle soit vue, que ce texte qui te parle tant puisse émouvoir et parler à d'autres ? Et si tu le faisais toi même ?... D'abord effrayée par l'ampleur et la folie de l'aventure, j'ai tenté de faire taire cette petite musique. Et puis la folie s'est transformée en projet. J'ai travaillé d'arrache-pied sur ce texte, depuis début 2015, prenant des notes perpétuelles, lisant beaucoup, y compris des livres sur le théâtre et la mise en scène. En tête, pour ce projet, j'avais une Antigone. Je savais que si j'avançais plus avant, c'était elle que je voulais : la Malouine Barbara André. Je l'avais vue jouer dans quelques troupes amateurs, j'avais vu la force de son regard, et la riche intériorité qui semblait affleurer à la lisière d'elle. Nos quelques échanges ont très largement confirmé ma première impression. Alors lorsque je me suis sentie prête, je lui ai exposé mon projet : 'monter Antigone', et qu'elle soit mon Antigone. "j'ai des choses en cours, mais... je connais ce personnage, tu me le proposes, je ne peux pas dire non ! Je te dis oui", m'a t-elle répondu tout de suite. Quelque chose s'est scellé alors. Et l'aventure a réellement commencé. Nous étions en avril 2015. Constitution d'une troupe, de toute pièce. Travail, pour moi, sur chaque phrase du texte, sur chaque personnage, etc, sur le décor, les costumes, etc. Evidemment un travail de titan. Mais quand on aime, n'est ce pas ? Toujours est-il que d'autres jolis dingues ont été séduits à leur tour par l'aventure, et pour certains, par ce personnage qu'ils ne connaissaient pas et que je leur décrivais. La troupe est constituée de ces huit comédiens amateurs sensibles et authentiques. Qui aujourd'hui semblent tout aussi attachés à ce texte que moi ! L'aventure est belle, déjà. Cette aventure, nous voulons, c'était notre but, la partager. Nous jouerons pour la première fois notre Antigone samedi 17 septembre, à la Maison des Associations, à 20h30, à Saint-Malo.

Soyez les bienvenus ! Participation libre.

N'hésitez pas à réserver au : 06 80 74 23 61 ou à ResaAntigone@gmail.com

Yves Bonnefoy est mort hier ...

2 juillet 2016

 

Avant de laisser parler Yves BONNEFOY, je viens partager avec vous un de ses poèmes qui me touche et m’accompagne :

 

Bouche, tu auras bu

 

A la saveur obscure,

 

A une eau ensablée,

 

A l’Être sans retour.

 

Où vont se réunir

 

L’eau amère, l’eau douce,

 

Tu auras bu où brille

 

L’impartageable amour.

 

Mais ne t’angoisse pas,

 

O bouche qui demande

 

Plus qu’un reflet troublé,

 

Plus qu’une ombre de jour :

 

L’âme se fait d’aimer

 

L’écume sans réponse.

 

La joie sauve la joie,

 

L’amour le non-amour.

 

                                   (Pierre Ecrite)

 

Excellent poète, traducteur inspiré, je n’ai pas besoin de faire son apologie, tant il est reconnu comme l’un des meilleurs de sa génération. Si la lecture de ses poèmes m’a comblée, il a aussi beaucoup compté pour moi pour ses  Entretiens sur la Poésie  et  Un Rêve fait à Mantoue.

 

Il m’a aidée à cerner cette question cruciale : qu’est-ce que la Poésie ? Il a mis des mots sur ce que je ressentais.

 

 En fait la poésie c’est ce qui vise un objet – cet être-ci, en son absolu, où l’être même, la présence du monde, en son unité – alors même et précisément qu’aucun texte ne peut les dire….

 

…La poésie c’est ce qui descend de niveau en niveau dans son propre texte toujours en métamorphose, descend jusqu’en ce point où, s’étant en somme perdue, dans un pays d’aucun nom et d’aucune route, elle renonce à aller plus loin, sachant tout de même que l’essentiel, c’est ce qui se dérobe encore, au-delà de ces lieux étranges…

 

Souvent dans le silence d’un ravin

 

J’entends (ou je désire entendre, je ne sais)

 

Un corps tomber parmi les branches. Longue et lente

 

Est cette chute aveugle ; que nul cri

 

Ne vient jamais interrompre ou finir

 

Je pense alors aux processions de la lumière

 

Dans le pays sans naître ni mourir.

 

                                                  ( Hier Régnant Désert)

 

Il poursuit :

 

 Poète est celui qui, dans une langue où il y a bien sûr des notions sans nombre, des idées pressées de tout dire, crée des rapports non entre idées mais entre mots par la voie d’une beauté d’écriture qui fait intervenir les sonorités, les rythmes et prend apparence d’images, irréductibles à l’analyse.

 

( Entretiens sur la Poésie )

 

Oui, c’est cela.

 

Un éblouissement dans les mots anciens.

 

L’étagement

 

De toute notre vie au loin comme une mer

 

Heureuse, élucidée par une arme d’eau vive.

 

Nous n’avons plus besoin

 

D’images déchirantes pour aimer.

 

Cet arbre nous suffit, là-bas, qui, par lumière,

 

Se délie de soi-même et ne sait plus

 

Que le nom presque dit d’un Dieu presque incarné.

 

Et tout ce haut pays que l’Un très proche brûle,

 

Et ce crépi d’un mur que le temps simple touche

 

De ses mains sans tristesse, et qui ont mesuré.

 

                                                                         ( Pierre Écrite )

 

Dans  Un Rêve fait un Mantoue  il écrit :  Dans la forme de poésie que je tiens pour la seule vraie, les mots profonds – ils varient certes avec chacun de nous – portent la promesse de l’être, donnent l’idée d’un verbe, où va s’élucider l’ordre qui fait notre vie… J’appellerai cette unité rétablie, ou tout au moins qui affleure, la Présence.

 

Pour préciser dans  L’Improbable  :  Qu’est-ce que la présence ? Cela séduit comme une œuvre d’art, cela est brut comme le vent ou la terre. Cela est noir comme l’abîme et pourtant cela rassure. Cela semble un morceau d’espace parmi d’autres, mais cela nous appelle et nous contient…  C’est l’immortalité.

 

Dans le même texte nous trouvons :  Qui tente la traversée de l’espace sensible rejoint une eau sacrée qui coule dans toute chose. Et pour peu qu’il y touche, il se sent immortel .

 

Merci, Monsieur Bonnefoy, d’avoir tant apporté à la poésie par votre voix unique.

 

Pour terminer, j’ai choisi un extrait de son livre  Les planches courbes , qui donne le dernier mot à la Poésie.

 

Ô poésie,

 

Je ne puis m’empêcher de te nommer

 

Par ton nom que l’on n’aime plus parmi ceux qui errent

 

Aujourd’hui dans les ruines de la parole…

 

… Ô poésie,

 

Je sais qu’on te méprise et te dénie,

 

Qu’on t’estime un théâtre, voire un mensonge,

 

Qu’on t’accable des fautes du langage,

 

Qu’on dit mauvaise l’eau que tu apportes,

 

Á ceux qui tout de même désire boire

 

Et déçus se détournent, vers la mort.

 

… Et si demeure

 

Autre chose qu’un vent, un récif, une mer,

 

Je sais que tu seras, même de nuit,

 

L’ancre jetée, les pas titubants sur le sable,

 

Et le bois qu’on rassemble, et l’étincelle

 

Sous les branches mouillées, et dans l’inquiète,

 

Attente de la flamme qui hésite,

 

La première parole après le long silence,

 

Le premier feu à prendre au bas du monde mort. 

 

Béatrix BALTEG

 

(Les Amis de la Tour du Vent)

Hubert Haddad, l'intellectuel empathique et modeste

2 juin 2016

 

Nous avons eu le privilège de recevoir à la Grande Passerelle, le 26 mai dernier, l'écrivain Hubert Haddad.

Il nous a parlé de ses deux derniers romans, mais au-delà, de l'écriture, de la littérature, de l'homme et du monde d'aujourd'hui. Il l'a fait avec beaucoup d'intelligence, de passion et d'humilité, qui font de lui quelqu'un de rare parmi les intellectuels contemporains. Nous sommes fiers d'avoir, le temps d'une soirée, fait entendre sa parole et partagé sa présence. Quant à lui, il semble heureux de cette rencontre : vous trouverez, dans l'onglet Mémoire, quelques mots de lui, comme l'ont fait jusque là tous les écrivains que nous avons invités, mais l'espace étant insuffisant, je vous livre ici l'intégralité de ses propos.

Il n'arrive pas si fréquemment qu'on reparte d'une rencontre littéraire l'esprit heureux. L'Association l'Encre malouine qui m'accueillait ce jeudi de mai et Charlotte Chabot, sa présidente, m'ont laissé croire qu'il y a une vie après la solitude besogneuse dont sont faits les livres. Le public nombreux qui assistait à cette rencontre animée avec intelligence et brio par Charlotte m'a manifesté une bien chaleureuse attention (et ne s'est pas volatilisé devant la table de dédicace). La parole publique, pour un écrivain, reste toujours de l'ordre de l'intime ou d'un certain secret. Je me suis vite trouvé en phase et détendu avec mes hôtes dans cette salle de la Grande Passerelle. Comme rarement, j'ai senti que les lecteurs, ces lecteurs-là, étaient la matière même de mes livres, pour paraphraser Montaigne. Ce sont eux qui, je l'espère, dans leur for intérieur ou par confidence, leur donneront vie, qu'elle soit brève ou durable.

Ce fut un bonheur, et si j'en crois vos messages, un bonheur partagé.

Merci pour votre présence à tous, et pour tout ce que les auteurs, les adhérents et le public apportent à l'Encre Malouine.

Profession du père, de Sorj Chalandon, un article de Dominique Le Clech, adhérente de l'Encre Malouine

Le Pays Malouin du 5 mai 2016

 

Oserai-je dire que j’ai cru ne pas être capable de lire «Profession du père» de Sorj Chalandon ? Violences, humiliations, peurs, «légions de douleurs» subies et racontées par Emile l’enfant-narrateur, me mettaient mal à l’aise, plus que cela me bouleversaient.

Et puis j’ai continué, prise dans ce huis-clos, fascinée par le père mythomane à l’imagination délirante qui entraîne son fils dans ses délires. Malade, manipulateur, il abuse de la naïveté d’un enfant de 12 ans qui ne connaît du monde qu’un petit appartement toujours fermé dans lequel personne ne vient, où les fêtes n’existent pas, où les photos sont absentes. Ce n’est pas la mère, lâche, soumise, aveugle ou inconsciente qui protègera Emile ! «Tu connais ton père» est le leitmotiv qui lui sert d’excuse. Jusqu’au bout, elle n’a pas pu, voulu voir ni la maladie de son mari, ni la souffrance de son fils. «Tu étais malheureux quand tu étais enfant ?» s’étonne-t-elle à la fin ! Comment ne pas être révoltée ?

Et pourtant, «ni haine, ni rancœur» de la part d’Emile devenu adulte. Beaucoup mieux : l’enfance abîmée mais l’adulte réparé. Quel joli symbole que ce métier de «réparateur de tableaux» la profession d’Emile vue par son fils Clément, un prénom qui ne relève pas du hasard. L’enfant martyrisé peint désormais sur des «tableaux malades», «met la toile à nu», allège entre les vernis qui «étouffent», redonne couleurs et vie.

Tout est rendu avec justesse dans ce récit poignant sans pathos qui a dû demander beaucoup de force morale et de courage à son auteur.

La terre qui penche, de Carole Martinez, un article de Patrick Belloir, adhérent de l'Encre Malouine

Le Pays Malouin du 28 avril 2016

   

Avec son roman ''La Terre qui penche'' Carole Martinez nous renvoie au Moyen Age. Au XIVème siècle, temps dit temps obscur. Obscur, qualificatif employé par notre société d'aujourd'hui pour désigner cette époque; société contemporaine qui s'exprime dans un temps déspiritualisé, souvent trop technicien, souvent trop désincarné. Blanche, la fillette de Martin, chevalier de haute réputation, souhaite apprendre à lire et à écrire pour conquérir son émancipation. Son père s'oppose à cet apprentissage et la plonge dans le désespoir. Elle est promise en mariage, mais mariage arrangé, politique, évidemment. Son premier voyage, voyage dans sa future belle famille, lui décille les yeux et lui ouvre le cœur. L'émancipation est en marche. Le voyage suivant vers l'amour s'accomplit par les rencontres d'Aymon et d'Eloi, deux personnages bien opposés, et celui vers la Justice sous la forme du procès de Bouc, son cheval, est encore  plus âpre que les précédents.   Puis les rencontres avec la Dame Verte, fille de l’eau, et les loups vagabonds, forces secrètes de la Nature la transportent vers l'imaginaire et l'autonomie.

 

Par son écriture symbolique, la narratrice nous entraîne vers notre propre intériorité, vers notre propre temps. Toujours présente sous la plume de l’auteure, la quête de l’émancipation des êtres, exigence de tous les temps, nous rappelle que l'obscurantisme affiché, ou rampant est toujours une menace, même aujourd'hui.

 

L’auteur nous invite à une réflexion sur notre propre personnalité, notre propre vie qui peut   se transformer  à tout moment en une Terre  qui penche, une terre qui penche vers les abîmes de la soumission. L'auteure nous chante un hymne à la vigilance, à la liberté de conscience. Carole Martinez  par son récit riche d'un vocabulaire, parfois énigmatique, nous entraîne vers l’optimisme.

 

Comme ses précédents romans: ''Le cœur cousu et '' Du domaine des Murmures'', romans ayant été récompensés par des prix littéraires '' La Terre qui penche'', hymne à la vie, ne peut que nous séduire.

A lire et à intérioriser.

 

Outre-terre, de Jean-Paul Kauffmann, un article de Florence Nicolas, adhérente de l'Encre Malouine

Le Pays Malouin du 21 avril 2016

 

Dans ce livre, Jean-Paul KAUFFMANN croise son histoire personnelle avec l’Histoire (avec un grand « H »). Etant enfant, il fut impressionné en découvrant dans un livre d’écolier la reproduction du tableau de J.A.GROS, intitulé « La bataille d’Eylau ». Or, un premier reportage avorté sur les lieux de cet affrontement entre français et prussiens lui avait laissé un arrière-goût d’inachevé. A l’occasion de la commémoration du bicentenaire de la bataille d’Eylau, il y retourne avec sa femme et ses deux fils.

L’auteur a intitulé ce livre « outre-terre » car le site de Kaliningrad est bel et bien un « fief » oublié, une « enclave », séparée de la Russie par la Lituanie et la Biélorussie. La bataille d’Eylau se déroula le 8 février 1807  dans cette "Outre-terre": plaine lugubre, enneigée, balayée par les vents, dont l’église (et son clocher)  représente un personnage à part entière, unique témoin du passé et gardienne du « sanctuaire ».

Jean-Paul KAUFFMANN  tente de répondre à une question poignante : pourquoi cette bataille fut-elle oubliée en dépit du tableau de GROS, du poème de Victor HUGO (extrait de « La légende des siècles ») et du personnage de Balzac, le Colonel Chabert ? Ce dernier, miraculeusement rescapé d’Eylau, revient chez lui mais découvre qu’il n’a plus sa place parmi les vivants et que ces derniers l’ont définitivement  « enterré », là-bas.

Jean-Paul KAUFFMANN explique comment Napoléon tenta le tout pour le tout pour remporter cette bataille mal engagée. Cela nous doit la plus grande charge de l’histoire avec plus de 10 000 hussards guidés par l’intrépide Murat. Mais devant cette « victoire » sanglante, qui annonce et préfigure Waterloo, l’empereur est saisi de pressentiments.

Qui a réellement gagné ? Nos livres d’histoire désignent Napoléon comme vainqueur. Mais à quel prix ?  Cette bataille a fait tant de victimes -  du célèbre Général d’HAULPOUL  aux milliers de soldats anonymes.

L’essentiel n’est-il pas de rendre hommage à ces morts ensevelis à tout jamais dans cette plaine ? De se souvenir du passé pour qu’il ne meure pas une seconde fois ? - comme le fait si bien Jean-Paul KAUFFMANN dans ce livre. Sans oublier la poignée de terre qu’il ramène précieusement dans ses poches -  témoignage concret de son attachement à ces lieux.

2084, La fin du monde, de Boualem Sansal, un article de Christine Lamy, adhérente de l'Encre Malouine

Le Pays Malouin, 14 avril 2016

 

Ecouter et voir Boualem Sansal en chair et en os, voilà le cadeau inoubliable que nous a fait l’Encre Malouine le mois dernier à la Grande Passerelle. Cet écrivain d’exception nous a longuement parlé de son pays, l’Algérie, dont la situation nous concerne et nous impliquera de plus en plus. A la sortie j’ai saisi au hasard l’un de ses ouvrages portant un bandeau rouge : « Grand prix du roman de l’Académie française, meilleur livre de l’année 2015 ».

« 2084, la fin du monde » - titre intrigant, clin d’œil au « 1984 » de George Orwell  qui permet d’entrée à l’auteur d’annoncer que, comme lui, il va décrire un pays « qui n’a pas existé, n’existe pas et n’existera jamais »… Ce sera l’Abistan, dominé par Abi le délégué élu par le Dieu Yölah pour l’assister et à qui il a inspiré le grand livre dont les versets vont rythmer la vie des Abistanais. Autrement dit le pays imaginaire du totalitarisme théocratique en 2084. Tout bon croyant doit faire preuve d’obéissance et de soumission car « qui croit a peur et qui a peur croit aveuglément ».

Le lecteur va partager toutes les pensées et tous les sentiments du héros, Ati, au cours de ses aventures. Le style coule de source, exprimant clairement et agréablement tout ce qui se passe dans sa tête - avec parfois de drôles d’expressions : « les marchands criaient comme des arracheurs de dents » (normalement c’est le patient qui crie, ici c’est le marchand qui crie en mentant). Tout est élégamment décrit et l’on s’imagine soi-même dans les paysages et les villes traversés.

Au début Ati passe quelques années dans un sanatorium en haut d’une montagne sinistre et isolée. Là il rencontre des marchands et des pèlerins de passage et a de longues discussions avec un archéologue, Nas, dont une découverte récente pourrait remettre en question certains aspects de la doctrine d’Abi. Ati prend conscience de sa vie d’enfermement et d’asservissement et sent progressivement naître en lui un sentiment nouveau - la liberté.

De retour dans la capitale, il ne peut plus accepter les comités de surveillance et surtout, régulièrement dans le grand stade et devant toute la population, les flagellations, lapidations et mises à mort de tous ceux pris en flagrant délit de désobéissance.

L’aventure se poursuit avec ses nombreux rebondissements. Ati n’aura que deux vrais amis,  avec qui « la confiance est un bonheur ». Sans révéler la fin disons que - pour une fois chez Boualem Sansal -  elle est plutôt optimiste.

Bien mieux qu’un roman « de gare » ou « de plage », c’est un roman à savourer dans l’intimité pour bien partager avec Ati son cheminement de la soumission vers la liberté. Tout lecteur de Boualem Sansal est amené à réfléchir sur les problèmes de l’époque actuelle, et pour ma part, n’ayant jusque là que des notions du genre « Le Djihadisme pour les Nuls », il m’a permis de vivre au sein d’un pays islamiste, de voir comment fonctionne la domination par la religion, qui façonne le cerveau des terroristes, et de mieux comprendre pourquoi un immense flux de réfugiés n’a d’autre choix que de fuir son pays, et pas seulement à cause des bombes.

La ballade du Calame, d'Atiq Rahimi, un article de Jacques-Yves Bellay, écrivain, adhérent de l'Encre Malouine

Le Pays Malouin du 7 avril 2016

 

Prix Goncourt 2008 pour Syngué sabour-Pierre de patience, Atiq Rahimi nous revient avec un livre sur l’exil et l’errance. Né en Afghanistan en 1962, puis fuyant son pays en guerre à l’âge de 22 ans, d’abord au Pakistan, puis en France, Atiq Rahimi, au cinéma comme en littérature, raconte la douleur d’un monde enfui.

La balade du calame peut se lire comme ce qui reste d’une vie quand on a perdu sa terre natale. Enfermé dans son atelier, l’auteur s’essaie à retrouver les traces d’une absence. Il y parvient grâce à un long poème traçant des arabesques et des entrelacs  de mots, s’efforçant d’approcher au plus près le silence de la parole, celle qui suggère, laisse des blancs, déroule un récit que l’on devine. Et puis, il y a ces signes tracés à l’aide d’un calame, ce morceau de roseau utilisé par les calligraphes et qu’enfant,  il utilisa pour écrire la première lettre de l’alphabet arabe, aleph, un terme ou un commencement.

Qui sommes-nous dans ce monde sinueux ? Rien qu’un aleph errant démuni de tout.

L’apprentissage d’un corps et d’une mémoire qui se reconstruisent grâce aux traits du calame, des ébauches, indignes  de l’art sacré de la calligraphie, préférant le mot callimorphe, à l’instar d’un Henri Michaux qui peint des signes sans en achever la signification.

Lire Atiq Rahimi, c’est accepter de se déplacer, de se perdre dans des cultures millénaires, accordé à une longue phrase poétique qui dit que l’on habite à jamais les lieux que l’on a quitté.

                                                  

Mâ, de Hubert Haddad, un article de Brigitte Letren, adhérente de l'Encre Malouine

Le Pays Malouin du 31 mars 2016

 

Eh oui nos adhérents écrivent !

Eh oui, nos adhérents ont du talent !

 

Ce livre nous convie à un long voyage à travers le Japon, d’île en île, de paysage en paysage mais aussi sur les chemins de l’accomplissement et de la spiritualité. L’histoire de deux destins qui se croisent.

 Shōichi, étudiant timide et serveur au café Crépuscule le week-end et la magnifique Saori, une femme universitaire, qui a voué sa vie à la rédaction de la biographie du dernier grand haïkiste, Santōka. Ensemble ils vivent une histoire d’amour fulgurante et tragique.

 Les souvenirs obsédants de cette passion demeurent par- delà la mort de celle-ci dans le cœur de Shōichi « d’elle je n’ai rien oublié, ses yeux de félin, très étirés sur les tempes, ses oreilles de nacre et son épaisse chevelure fixée par un joli peigne à motifs floraux au-dessus du crâne ». Emportant le manuscrit de Saori, il part sur les pas de ce grand poète, qui possède les mots pour dire « la palpitation miraculeuse de la vie ».

« En vagabond de l’amour perdu » commence alors un long périple à pied pour notre apprenti poète suivant les pérégrinations de Santōka avec lequel parfois il se confond. Shōichi rentre dans cette vie de détachement, de méditation, de solitude et d’observation, « la solitude, quand on marche, démultiplie les ombres et invite chaque créature au dialogue, ne serait-ce un insecte ou la figure d’un rêve ». Cela ne l’empêche pas d’être un grand buveur de saké, comme son maître « le saké pour le corps, le haïku pour le cœur » et d’éprouver les souffrances de cette vie d’errance.

 Au fil des saisons, au milieu des montagnes, des nuages, des forêts, nous accompagnons Shōichi dans la prise de conscience de l’évanescence des choses et de la fragilité de la beauté « la marche mène au Paradis, il n’y a pas d’autre moyen d’y parvenir, mais il faut marcher longtemps ».

 Le récit, ponctué des haïkus des grands poètes japonais, nous fait pénétrer dans la culture et la civilisation japonaise et l’on perçoit que le profond malheur n’est jamais très éloigné de l’immense beauté.

Mā est un très beau livre qui nous fait réfléchir mais aussi nous apaise.

« Le voyage est ma demeure » disait Bashō un très grand haïkiste. Faisons de cette phrase notre devise pour partir, grâce à la superbe écriture poétique d’Hubert Haddad, sur les chemins du Japon mythique.

 

Vous pourrez retrouver Hubert Haddad au Festival des Etonnants Voyageurs qui se déroulera à Saint-Malo du 16 au 18 mai prochains.

Les vieux ne meurent jamais

1er février 2016

Un coup de coeur de Jessica Bouillant !
Le roman de Céline Curiol est tout simplement BEAU : avec son écriture dense, elle perce les secondes, explore le temps qui passe sur les êtres, qui les fragilise et les renforce à la fois.

 

Le regard d'Herb avait tissé autour de moi un sorte d'enveloppe, de cocon qui, parce qu'il était clément, adoucissait mes observations inquiètes ; parce que je me découvrais capable d'aimer son corps vieillissant, j'acceptais le mien en retour. Puis je fus seule.

 

Extrait du roman

La ballade du calame

1er février 2016

Je viens de terminer à l'instant La ballade du calame. J'ai été emportée par ce texte comme Atiq Rahimi est pris dans l’écriture du désir et donc du manque. Alef , la lettre manquante qui me fait penser à ce que dit Lacan de la nouvelle d'Edgar Poe, la lettre volée, dans la question du réel.
Cette trace comme une parole enfouie, ce quelque chose de si intime qu'il nous échappe et produit ses effets de corps liés à notre prise dans le langage. Ce que Lacan appelle lalangue.
Je suis bouleversée par l'exil dessiné par l'auteur, par cette trace laissée au plus profond de lui, de nous, et qui ne peut trouver une autre expression que celle qu'il a employée.

Marie Robin
 

Daniel Lindé, peintre

2 juin 2015

Daniel Lindé a réalisé une troublante série de portraits de Louis-Ferdinand Céline

 

Comment saisir ces regards, cette voyance aveugle dans la série des portraits de Céline ? Par quel artifice rendre vivant ce feu insaisissable ?

Comme le canon double d'un fusil de chasse chaque tableau nous " braque ", pas de recul, pas d'échappatoire !

Car il s'agit bien d'une chasse, au-delà de celle déclenchée contre l'écrivain, la chasse aux illusions et aux croyances de tout poil ...

La Bête à deux pattes et son incroyable bêtise sont les cibles choisies par cet impitoyable pourfendeur des optimismes. ...

D'où cette absence oculaire, ces orbites creux, vides, et pourtant si présents dans leur lecture acérée du réel qui nous convie à ce point de non retour de l'espérance.

 

Le regard noir ( Daniel Lindé, 2012 )

Elvira

31 mars 2015

Le calendrier perpétuel tournait ses pages, la rapprochant inéluctablement de cette date d'anniversaire douloureux, cruel. Elle aurait voulu arrêter le temps. Ne plus penser. Disparaître. Bientôt deux ans depuis ce jour où le téléphone avait sonné, appel des urgences, plus aucun espoir de le sauver. Deux ans depuis cette chute libre sur l'île angoisse, balayée par un vent de fin du monde. Depuis cette descente colère en terre de feu. Parce qu'elle savait que sa rivale était la plus forte. Pas la peine de se battre. Pourtant, il faisait beau ce jour-là, quelques rayons de soleil, un bon thé raffiné, un livre sur la terrasse. Et cet appel... Sans espoir... 

La libération de Saint-Malo au café de la Bolée

6 juillet 2014

Un texte qui nous fait revivre la libération de Saint-Malo au café de la Bolée

Des comédiens convaincus 

Un décor, de la musique et des chants rythmés par l’écho des dernières déflagrations avant la liberté

Emotion et plaisir étaient au rendez-vous …

Félicitations à tous et à la prochaine fois !

Loup Dupin

30 avril 2014

Au bout de la rue de la Harpe il y a un atelier

Et presque rien pour le signaler

Il y a un peintre dans cet atelier

Avec un prénom tout droit sorti de Sylvain Sylvette

Il s’appelle … Loup Dupin, comme un des quatre compères

S’il décide de  sortir ses toiles de sa caverne aux merveilles

Alors un tourbillon de formes et de couleurs vous éblouira

Et il vous emportera !

Une toile de Raymond Berthelet

2 mars 2014

L’espace pictural est un mur mais tous les oiseaux du monde y volent librement

Aujourd’hui, l’Encre Malouine vous montre  une toile de Raymond Berthelet, un Ami de la Tour du Vent

Un poème d’Aristide II Mblanendji-Ndakala

September 5, 2012

Il a voyagé depuis l’Afrique jusqu’en Europe, et valu à son auteur le Prix des moins de 25 ans en 1991 à Bangui. Aristide a 43 ans, il est originaire de la République Centrafricaine, et nous lui souhaitons beaucoup de joie dans l’écriture.

 

A tout peuple du temps, amitié destinée,

Univers de l’amour au parfum de rosée,

Eclats chauds du soleil ou froides lueurs de lune,

Tu t’élances et t’évades sur le sable des dunes.

Si souvent maltraitée, si souvent condamnée,

Lorsque sur fond de haine la beauté se dessine,

Ton noir est masculin, ta blanche féminine

Peu importe le sens quand deux font amitié.

Souffles chauds de tendresse, tu es homme, tu es femme,

Tu t’étends de l’espace au plus profond des âmes,

Blanche colombe de paix aux ailes d’amitié,

Tu es le seul ferment de toute liberté.

 

 

Un poème de Béatrix Balteg - Frontières Abolies (1980)

15 février 2014

Dans ma forêt de chair

dans ma forêt de sang

j’ouvre tout grand les yeux

j’ouvre tout grand le temps

Le bois a des chaleurs

même s’il ne brûle pas

sa lueur dans mes yeux

arbre brûlant pour moi

sa vue me réjouit

équilibre subtil

je descends les forêts

chênes et marronniers

sa fibre qui se joue

de la lumière du jour

me reparle d’amour

Dans ma forêt de chair

dans ma forêt de sang

j’ouvre tout grand les yeux

j’ouvre tout grand le temps

La mer que j’aperçois

me livre son secret

l’eau ruisselle dans mon cou

écharpe de fraîcheur ...

 

10 février 2014

A vos jumelles, et pointez sur l’horizon …

Une nouvelle rubrique voit le jour sur l’Encre Malouine!

Désormais, nous proposerons à la lecture, des mots, des formes, des sons, petits ou grands fragments de création, lectures protéiformes d’un monde multiple où s’exerce le regard de l’ artiste.  Petits ou grands fragments qui s’essayent à voir le jour, à déchiffrer la complexité des êtres, le mystère des choses, à nous faire partager une vision du monde, à aiguiser la nôtre. 

Ces petits bouts de création, ce sont les trésors engloutis qui remontent à la surface des eaux profondes de notre âme …

 

En guise de prélude, le poème Pleine mer d’Anne Bihoreau:

 

                         Le vent du large avive la nuit

                     Pluie de galets s’ébruite sur la rive

                 Gerbes d’écume s’embrasent s’effilent

 

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Quand Marie Robin nous parle de liberté:

 

Entre-deux …

Au coeur de la nuit blanche

Dans l’entre-deux des jours

Le ciel rose empourpré

Veille la crête du mont

Tout semble vierge encore

Aucun pas sur la terre

Juste un rai de lumière 

Et la lune qui fond.

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