L'esprit de Cervantès retrouvé

Traduire, ce n'est pas adapter, dénaturer une oeuvre pour un public qui la lit quatre siècles après sa création, ce n'est pas restaurer un chef-d'oeuvre qui aurait subi les injures du temps, non, traduire, c'est créer à part entière...
Traduire, ce n'est pas adapter, dénaturer une oeuvre pour un public qui la lit quatre siècles après sa création, ce n'est pas restaurer un chef-d'oeuvre qui aurait subi les injures du temps, non, traduire, c'est créer à part entière, redonner à l'oeuvre sa lisibilité, en restituer la modernité, la rendre familière à tous. Comme le dit Aline Schulman, il fallait ressusciter un livre qui disparaissait derrière le mythe, le faire entendre à une oreille contemporaine. Pourquoi ? Mais parce que tout le monde en parle, de ce Don Quichotte écrit par le génial Cervantès, tout le monde en parle, oui, mais personne ne le lit ! Pendant six ans, six années de travail et de doutes, Aline schulman s' attache à l'oeuvre, et le schéma s'inverse : elle devient Dulcinée en quête de cet hidalgo mystérieux dont elle veut retrouver le sens profond. Pour s'imprégner du rythme, elle prendra des cours de flamenco, ressemblant à ce héros qui ne recule devant aucun défi. Loin de l'érudition philologique, elle privilégie , sans notes ni renvois, l'essentiel d'un destin. Son Quichotte éveille chez le lecteur le plaisir fou de bondir, le temps de la lecture, dans l'univers spatio-temporel de Cervantès, de goûter le plaisir oublié de l'oralité. Car le Quichotte était lu dans les fermes, dans les champs, pendant les foires, il était une oeuvre populaire au meilleur sens du terme, dont les siècles écoulés firent un texte pour initiés. Aline Schulman lui rend sa vocation première, elle fait renaître ce texte délicieux, qui nous fait rire, qui nous émeut, qui nous révèle la fonction de lecteur. C'était un pari, au milieu des nombreuses traductions qui existaient, un pari audacieux ... et réussi. 50 000 exemplaires vendus disent assez qu'en 1997, on lit le Quichotte comme au temps où il fut écrit, et n'est-ce pas le plus bel hommage qu'on pouvait rendre à Miguel Cervantès, ce magicien absolu de la littérature ?