Boualem Sansal, la vérité en face

Une soirée à marquer d'une pierre blanche à la Grande Passerelle, où l'Encre Malouine recevait l'écrivain Boualem Sansal. Loin de l'interview traditionnel, l'auteur nous proposa une vision du monde...
Une soirée à marquer d'une pierre blanche à la Grande Passerelle, où l'Encre Malouine recevait l'écrivain Boualem Sansal. Loin de l'interview traditionnel, l'auteur nous proposa une vision du monde, éclairée par une première question sur les liens qui pouvaient exister entre Islamisme et Nazisme. Cette analogie était au coeur de son roman Le village de l'Allemand, publié en 2008, où un jeune découvre, dans le journal de son frère qui s'est donné la mort, que leur père, héros des moudjahidin, était aussi un ancien criminel nazi. Stupeur ! mais stupeur aussi du grand auditorium ce soir-là, auquel Boualem Sansal révèle un pan de l'histoire contemporaine totalement ignoré. La réponse est longue, mais le public suit l'analyse avec ferveur. L'auteur est un visionnaire des temps à venir, et du péril inexorable qu'ils entraînent avec eux. Selon lui, les choses ne s'arrangeront pas : ce qui disparaîtra ici resurgira là, parce que nous nous voilons la face dans un aveuglement volontaire, qui ne nomme pas les choses, pour feindre qu'elles n'existent pas. Il nous parle de tout : de l'endoctrinement par exemple, en 45 jours dans toutes les casernes dignes de ce nom. Ses anciens amis sont devenus des imams prêchant la bonne parole, et il n'est pas simple de rester dans les dix pour cent qui résistent. L'Islamisme a détruit ma vie, me disait-il quelques heures plus tôt, constat barbare qu'il assume avec l'extraordinaire sérénité d'un homme revenu de tout. Il faut entendre la voix de cet écrivain remarquable, au courage exemplaire, à la lucidité aiguë, qui rentre dans son village en Algérie, pourquoi ? Mais c'est là que j'habite ! dit-il avec un sourire qui illumine soudain la scène, auquel il faudrait puiser de la lumière. Pour retrouver une analyse très fine des dérives de notre monde, ne manquez pas de lire Poste restante : Alger, une courte lettre de colère et d'espoir à ses compatriotes, publiée en 2008, à la mémoire de Mohamed Boudiaf, président de l'Algérie de janvier à juin 1992, assassiné à Annaba par un officier de la Garde présidentielle. Ce texte est une pépite d'or où la parole libérée nous libère de nos propres entraves. Merci, monsieur Boualem Sansal, d'affirmer votre existence d'homme au milieu des fantômes de l'humanité.